Le 20 septembre 2023 à 07h48
par Damien Malvetti

Steven Van Den Bosch (DHL Express): « L’électrique nous a contraints à nous adapter »

Qui ne connaît pas les camionnettes jaunes de DHL Express ? Ce qu’on sait peut-être moins, c’est qu’une grande partie de ces camionnettes est électrique ! DHL a en effet été précurseur à ce niveau en intégrant,,voici déjà 8 ans, des utilitaires électriques. Steven Van Den Bosch, Fleet and Purchase Manager, tire avec nous le bilan de son expérience.

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||||||| © |Steven Van Den Bosch||||||

Au sein du groupe DHL, cela fait déjà plusieurs années qu’on prend l’environnement à cœur et qu’on met en place des solutions pour réduire l’empreinte écologique de l’entreprise. « Notre stratégie internationale ‘GoGreen’ prévoit que l’ensemble de nos processus soit neutre en CO2 d’ici à 2050 », intervient Steven Van Den Bosch, Fleet and Purchase Manager. « Dans cette optique, il était tout à fait logique de prendre aussi des mesures pour notre flotte de camionnettes. Nous essayons toujours de suivre les tendances du marché et de trouver de nouvelles solutions. Il y a 10 ans, nous intégrions les premiers modèles équipés au CNG dans notre flotte, et il y a 8 ans déjà, les tout premiers utilitaires légers 100% électriques. »

Steven Van Den Bosch

L’occasion pour DHL Express de tester ces deux technologies et d’en tirer rapidement des conclusions. « Aujourd’hui, nous n’avons plus aucun modèle CNG, mais certains des premiers modèles électriques sont toujours en flotte et la part de camionnettes électriques ne fait que grandir. En 2021, nous avons intégré 17 Volkswagen e-Crafter et l’an dernier nous avons ajouté 85 Ford E-Transit. Aujourd’hui, 35% de nos 360 véhicules opérationnels sont électrifiés. Le but est d’arriver d’ici à 2027 à une flotte 100% électrique pour nos véhicules dédiés au last mile delivery. »

Formations nécessaires

Opérer un tel switch vers une flotte de camionnettes électriques ne s’est évidemment pas fait sans heurts. « Au début, on a reçu beaucoup de questions de nos courtiers. Nous y avons répondu et ils ont ainsi suivi différentes formations pour appréhender correctement le véhicule, notamment via Ford, ainsi que des formations de sécurité et de conduite écologique. »

La question de l’autonomie a évidemment été centrale, d’autant que l’offre actuelle en matière de LCV électriques est encore restreinte. « Quand on passe d’une flotte de camionnettes diesel avec 600 km d’autonomie à des véhicules électriques qui annoncent 300 km, il faut forcément s’adapter. Cela réduit notre flexibilité. D’autant que nous avons préféré jouer la carte de la prudence en estimant l’autonomie des E-Transit à 160 km, car celle-ci peut varier en raison de nombreux paramètres : le volume chargé, le style de conduite, le type de routes, les conditions météorologiques, etc. Nous avons donc adapté nos plannings quotidiens pour que chaque véhicule parcoure au maximum 160 km/jour. Certains conducteurs arrivent à faire bien plus, mais nous ne voulions pas prendre de risque. Les premiers jours, nous avons d’ailleurs eu quelques cas de conducteurs qui poussaient leur véhicule jusqu’au bout et se retrouvaient en panne d’autonomie. Heureusement, ils ont appris de leurs erreurs et cela ne s’est plus jamais produit. Mais en cas de souci, nous avons aussi prévu quelques véhicules en back-up. »

 

Recharge uniquement sur site

Car DHL a mis en place une politique stricte en matière de recharge. Les camionnettes ne peuvent recharger que sur les sites de l’entreprise où une infrastructure a été installée. « Cela nous permet de maintenir le TCO sous contrôle, car on sait que la recharge publique peut coûter cher, sans compter le temps d’immobilisation du véhicule et du courtier pendant ses sessions de recharge. Mais cela implique aussi de l’organisation. Tous les véhicules doivent donc revenir chaque soir au site de l’entreprise. L’avantage, c’est que nos bornes sont utilisées de façon optimale : la journée pour les voitures de société de notre personnel et la nuit pour nos utilitaires. »

L’infrastructure de recharge ? C’est justement le nouveau défi auquel va être confronté Steven Van Den Bosch. « Actuellement, nous disposons de 140 bornes réparties sur 6 des 9 sites de DHL Express en Belgique. Mais il va falloir étendre cette infrastructure pour disposer d’autant de bornes que de véhicules électriques lorsque toute notre flotte sera électrifiée. Nous ne sommes pas propriétaires de tous nos bâtiments, cela implique donc de trouver des accords avec les propriétaires ou avec des investisseurs pour installer l’infrastructure de recharge nécessaire. Car sans cette infrastructure, il ne sera pas possible de continuer l’électrification de notre flotte. »

 

Sinistralité en baisse

Steven Van Den Bosch est aujourd’hui capable de tirer un premier bilan de son expérience électrique. « Globalement, nous sommes très satisfaits de notre choix. Nous avons été pionniers et nous ne le regrettons pas. Bien sûr, cela a demandé des adaptations dans notre travail quotidien, mais nous avons pu les mettre en place sans trop de difficulté. Nous avons aussi pu maintenir notre TCO sous contrôle. En moyenne, un véhicule électrique nous coûte 75€/mois de plus qu’un équivalent diesel, sans tenir compte de l’investissement dans l’infrastructure. Mais nous avons aussi conscientisé nos courtiers sur le fait qu’ils disposaient aujourd’hui de véhicules d’une valeur plus élevée et avec un équipement d’un plus haut niveau. C’est d’ailleurs en partie ce qui explique cette augmentation du TCO. Le Ford E-Transit est par exemple le premier utilitaire qui dispose d’une caméra à 360 degrés. Cela nous permet aussi de réduire nos frais de sinistralité. Il est important à ce niveau de travailler avec les bons partenaires et de privilégier l’ancrage local pour disposer d’un service efficace et rapide. Nous travaillons avec 7 ateliers du réseau Axial. Nos véhicules doivent rester immobilisés le moins longtemps possible, mais les réparations doivent être de qualité. »

Si actuellement un quart de cette flotte est encore en achats propres, le but est de passer à l’avenir, tous les contrats en leasing. « Cela facilitera notre gestion quotidienne. Nos véhicules sont sous contrat leasing de 5 ans (35.000 km/an) et le poste assurances a été unbundlé. Lorsque de nouveaux modèles arriveront sur le marché avec une autonomie élargie, nous repasserons certainement nos contrats leasing à 40.000 km/an.

 

Quid des voitures personnelles ?

Cette stratégie du tout à l’électrique a aussi été appliquée à la flotte de voitures personnelles. Depuis 1 an et demi, toutes les commandes de nouveaux véhicules concernent uniquement des modèles full électriques. Les employés reçoivent une wallbox à domicile et un badge pour la recharge publique. « Ils sont conscientisés sur le fait que la recharge publique doit être l’exception. Ils doivent privilégier la recharge au bureau et à la maison, ce qui nous permet de garder les coûts sous contrôle. À l’avenir, lorsque nous disposerons d’une plus large flotte de bornes, nous souhaitons y donner accès à nos employés qui ont une voiture privée ou un véhicule dans un plan cafétéria. »

Le Fleet & Purchase Manager espère évidemment, que la gamme de modèles électriques et surtout leur autonomie va évoluer rapidement dans les mois à venir et tient aussi à l’œil l’évolution de la solution hydrogène. « Je crois vraiment aussi en cette solution d’avenir, en tout cas pour les grandes distances », termine-t-il.

 

DHL révolutionne le transport jusque dans les airs

Qui a dit que livrer des colis devait toujours se faire avec une camionnette ? Chez DHL Express en tout cas, on est persuadés du contraire. Depuis plusieurs années déjà, l’entreprise teste différents moyens de transport alternatifs qui peuvent faciliter le travail des courtiers au quotidien. Ainsi, des vélos cargos sont déjà utilisés depuis plusieurs années pour les livraisons dans le centre-ville d’Anvers. « Avec une autonomie de 50 km et une recharge sur une prise domestique traditionnelle, ils sont très pratiques pour se faufiler dans la circulation dense des villes, intervient Steven Van Den Bosch. D’ailleurs, ils feront bientôt aussi leur apparition à Gand. Et nos courtiers reçoivent évidemment une formation spécifique pour les utiliser correctement et en toute sécurité. »

Aux Pays-Bas, le groupe DHL a même développé son propre vélo cargo imaginé pour répondre en tous points aux besoins de ses courtiers. « Sept ont été commandés pour notre pays et arriveront prochainement », se réjouit encore le Fleet & Purchase Manager.

Mais ce n’est pas tout. DHL effectue par exemple aussi des tests avec un mini véhicule autonome qui est capable de suivre les vélos cargos pour augmenter les capacités de chargement. L’entreprise effectue aussi actuellement des tests avec un petit avion 100% électrique. Avec ce projet dénommé ALICE, DHL veut aussi révolutionner le transport aérien de marchandises.

 

Damien Malvetti

Damien Malvetti, rédacteur de cet article

Damien Malvetti a une formation de journaliste et est passionné par les voitures, la technologie et la mobilité. Il est responsable du contenu éditorial de link2fleet et possède une connaissance approfondie du secteur des flottes et de la mobilité électrique.
Cet article parle de : Actus , Best practices , Gestion de flotte

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